Challenge de la créativité

Logo 3

lundi, 17 février 2014 00:00

L’Assassin de l’Art

Écrit par  MARIN Clémence MÉGEVAND Valentine

L’Assassin de l’Art

          

            « Les yeux perdus dans le vague, la palette à la main, le peintre cherche l’inspiration. Sa muse derrière lui, nue, semble l’encourager du regard ». L’atelier du peintre. Tel était le nom de la dernière oeuvre du jeune et talentueux Gustave Courbet, peintre déjà sur le devant de la scène parisienne.

            Perdu dans sa contemplation du tableau, Martin, jeune homme de vingt et un ans, arborait un léger sourire, le regard perdu dans le vague. Etudiant à l’Académie des Beaux Arts de Paris, Martin était passionné par la peinture. D’un naturel curieux, il suivait de près l’actualité artistique de son temps et s’intéressait à tout ce qui touchait le monde de la peinture. Il aimait déambuler dans les prestigieuses galeries d’art parisiennes, s’imprégnant de l’atmosphère de ces lieux où l’

art nous fait oublier les réalités de la vie. La galerie de M. Beauvallois comptait parmi ses préférées. De grandes baies vitrées laissaient toujours entrer la lumière et ce malgré les nuages qui obscurcissaient le ciel de cette humide matinée de décembre.

            Il s’arracha à sa rêverie et se dirigea vers le tableau suivant. Tandis qu’il le regardait avec admiration, il sentit une présence dans son dos. Il se retourna. Non ! Il ne pouvait pas en croire ses yeux ! Derrière lui, un homme contemplait le même tableau. Ce regard profond… Cette moue dédaigneuse et douloureuse à la fois… Il les aurait reconnus entre mille ! Charles Baudelaire. Ce poète sulfureux qui défrayait souvent la chronique par ses écrits heurtant la morale bourgeoise, était aussi un grand amateur et critique d’art.

 

            Soudain, un coup de feu retentit. Un cri déchira l’air. Le poète et l’étudiant se retournèrent.

            L’espace d’une fraction de seconde, Martin croisa le regard de Mme Abancourt. Un regard déchiré par la douleur et le désespoir. Toute prestance, toute vanité, tout orgueil avait déserté cette femme maintenant abattue. Elle avait beau être la femme d’un célèbre collectionneur, le malheur n’épargne personne… Pas même les plus riches…

            Déjà, la galerie résonnait de cris d’hystérie : les visiteurs étaient effarés et désorientés. Dans la cohue générale, Martin s’approcha. M. Abancourt était là, étendu sur le sol, le corps sans vie.

            Une dizaine de minutes plus tard, la police arrivait sur les lieux, avertie par les quelques personnes ayant retrouvé leurs esprits. Toutes les issues furent bouclées, les suspects interrogés. Mais les efforts de la police restèrent vains : le meurtrier devait être loin, Martin en était certain.

 

            Les jours suivants, le jeune étudiant paraissait absent. La mort du collectionneur l’avait profondément affecté. Il avait besoin de réponses. Ces réponses, c’était à la galerie Beauvallois qu’il allait les trouver... Devant l’entrée de la galerie, les policiers étaient en grande conversation avec le propriétaire. Les événements ne semblaient pas avoir découragé les visiteurs, au contraire, ils affluaient, plus nombreux qu’à l’ordinaire. Tous voulaient voir les lieux du crime. Martin se mêla aux curieux et entra dans la galerie. Par où commencer... Son regard s’attarda sur les mêmes tableaux que la veille. Ce jeune Courbet était décidément très doué... Dans un coin de la pièce, une silhouette sombre regardait la scène d’un oeil hagard. Leurs yeux se croisèrent et Martin fut impressionné par son regard noir et pénétrant. Manifestement il était peintre si on en jugeait par les tâches de peintures qui maculaient sa blouse. M. Beauvallois et les policiers entrèrent dans la pièce. L’homme, lui, sortit. Martin se précipita vers le galeriste :

            « Bonjour Monsieur Beauvallois. Comment allez-vous ?

            - Ah bonjour Martin. On fait aller, on fait aller. Il serait indécent de se réjouir de ce triste événement mais il faut dire que la galerie attire de plus en plus de visiteurs.

            - Oui, comme cet homme qui vient de sortir à l’instant. Peut-être un peintre. Je ne l’avais jamais vu auparavant.  Le connaissez-vous ?

            - Ah...euh... Oui... Peut-être... Ce doit être M. Ziguier. Il m’avait proposé certaines de ses oeuvres. Mais je les ai refusées... Beaucoup trop ordonnées, codifiées... Il n’y a pas de place pour l’imagination ! Mais veuillez m’excuser, j’ai des archives à consulter ».

            M. Beauvallois partit, la démarche mal assurée. Martin resta pensif. Le galeriste lui avait paru hésitant... Presque gêné... Il devait sûrement savoir quelque chose. Et ces archives... Elles devaient receler quelques informations intéressantes, notamment sur cet étrange peintre... Comment s’appelait-il déjà ? Ah oui ! Ziguier.

 

            Il devait être minuit et le lit de Martin restait vide. Là où il était, le jeune étudiant se trouvait dans une situation loin d’être confortable. Accroupi dans un recoin de la galerie Beauvallois, le jeune homme sentait l’engourdissement envahir peu à peu son corps et son esprit. Il avait patienté jusqu’à ce que les derniers visiteurs partent et s’était ensuite dissimulé sous un drap qui recouvrait l’une des statues de la galerie. Les heures s’étaient écoulées, interminables. Il avait attendu que les policiers quittent enfin les lieux. Attendu que le concierge ait fini sa ronde. Attendu que les lumières s’éteignent. Et maintenant, encore fallait-il que Beauvallois  sorte de ces fameuses archives pour qu’il puisse y pénétrer à son tour. Il était las et fatigué. De plus en plus souvent, ses yeux se fermaient l’espace de quelques secondes et il devait lutter pour rester éveillé. Le raclement d’une chaise le tira de sa somnolence. M. Beauvallois sortait. Enfin !

            Silencieux comme une ombre, Martin se faufila entre les statues de la galerie et pénétra dans la salle des archives. Un instant, il fut tenté de faire demi-tour, gagné par le découragement. Le moins qu’on puisse dire c’était que Beauvallois n’était pas un homme très ordonné. Cette pièce était un vrai capharnaüm ! Martin ne savait par où commencer... Peut-être les étagères du fond qui regorgeaient de dossiers empilés les uns sur les autres... Ou alors ces pochettes, près de la porte d’entrée, qui débordaient de croquis... Ou encore... Mais le regard de Martin s’arrêta soudain sur une petite table au centre de la pièce.

            Toute son attention était tournée vers deux toiles à plat sur la table, recouvertes d’un amoncellement de paperasse. Il s’approcha, intrigué, et souleva les papiers. Au premier coup d’oeil, ces toiles le mirent mal à l’aise. Elles contrastaient férocement avec le désordre du lieu. Le jeune homme eut la désagréable impression d’entrer dans un autre univers. Un univers triste, rangé, sans aucune fantaisie. Un univers d’où l’imagination serait bannie. Les motifs géométriques dominaient : des signes mathématiques et des lettres — toutes rangées dans l’ordre alphabétique — étaient représentés dans des couleurs froides et sombres. Ces curieuses impressions qu’il avait ressenties, Martin n’aurait su dire d’où elles venaient... Il détourna le regard pour s’intéresser aux papiers éparpillés sur le bureau. Ils concernaient tous cet étrange peintre, Ziguier... L’intuition de Martin n’avait pas été si mauvaise, Beauvallois savait quelque chose à propos de cet intriguant individu, quelque chose qui l’avait mis mal à l’aise, quelque chose qu’il ne voulait pas évoquer. Martin se mit à fouiller frénétiquement dans les papiers. Ce Ziguier avait demandé à Beauvallois d’exposer ces oeuvres et ce dernier avait refusé. Le peintre semblait avoir assez mal vécu son éviction si l’on en croyait les lettres qu’il avait adressées au galeriste. Ces lettres vindicatives le menaçaient d’aller trouver du soutien auprès de la concurrence dont M. Abancourt faisait partie. Ce soutien lui avait apparemment été aussi refusé. Martin réfléchit un instant...

            Mais alors, ce Ziguier, si intriguant, si mystérieux, à l’attitude si suspecte, pouvait être le meurtrier ! Il avait un mobile solide !

            Martin n’eut pas le temps d’aller au bout de sa pensée quand un cri retentit. Affolé, il se précipita hors de la salle des archives et traversa toute la galerie en courant. Mais au détour d’un couloir, il s’arrêta net. Un corps gisait sur le sol, lui barrant le passage. C’était Beauvallois. Martin n’eut pas la force d’aller plus loin. Il resta là, interdit. Soudain il releva la tête, aux aguets. Des bruits de pas... Un froissement de tissu... Pas de doute ! C’était le meurtrier ! Martin écarquilla les yeux dans l’obscurité. Impossible de distinguer quoi que ce soit ! Enjambant le corps, il s’approcha furtivement. Le bruit de pas s’interrompit. Le meurtrier savait que  quelqu’un était là ! Tout se passa très vite. Martin s’élança. Les bruits de pas reprirent, frénétiques. Le meurtrier fuyait. CLONG ! Un vase chuta. Martin l’évita de justesse. Il tendit désespérément les bras dans le vide. Il y était presque! Soudain, ses pieds se dérobèrent. Il trébucha sur un tapis. Non ! Ça ne pouvait pas se terminer comme ça ! C’était trop bête ! En tombant il s’agrippa au meurtrier.

            Mais cela n’arrêta pas ce dernier. Il continua sa course. Martin resta seul, dans le noir, une blouse dans les mains. Une blouse tachée de peinture...

            Sa surprise passée, le jeune étudiant se reprit. Il ne fallait pas que quelqu’un le découvre ici, en pleine nuit, avec un cadavre encore chaud dans la galerie. Sans plus attendre, il prit ses jambes à son cou, ouvrit l’une des nombreuses baies vitrées du bâtiment et s’enfuit dans la nuit. Bien lui en prit car, au même moment, les policiers laissés en faction par le commissaire, probablement attirés par les cris, pénétraient dans la galerie.

 

            De retour chez lui, Martin se servit un grand verre d’eau qu’il but d’une traite. Il lui fallait bien ça pour se remettre de ses émotions ! Il entreprit ensuite d’étudier de plus près la blouse qu’il avait arrachée au meurtrier. Mais un seul coup d’oeil lui suffit. Aucun doute possible, c’était bien la blouse de Ziguier ! Le raisonnement de Martin était juste ! Le peintre, blessé dans son orgueil, avait assassiné le collectionneur M. Abancourt qui avait refusé d’être son mécène. Puis, il s’en était pris à M. Beauvallois qui n’avait pas voulu de ses toiles et qui risquait de le soupçonner. À cette pensée, l’étudiant se figea. Si ce fou avait tué le galeriste, c’était en partie parce que Beauvallois pouvait le dénoncer. Mais alors, Martin aussi était en danger ! Si jamais le meurtrier venait à connaître son identité, il le tuerait sans hésiter ! Que faire ? Martin était dans une impasse. Aller dénoncer Ziguier à la police ? Mais quelles preuves avait-il contre lui ? Cette blouse tachée serait-elle une preuve suffisante? On lui demanderait comment il se l’était procurée... Et Martin devrait avouer avoir passé la nuit à la galerie. Au risque de devenir suspect à son tour... Non ! Cette idée était à écarter ! Mais alors, ne pouvait-il donc rien faire ? La réponse s’imposa d’elle-même dans son esprit. Non, il n’y avait rien à faire. Simplement attendre. Attendre et se cacher.

 

            Les jours passaient sans que Martin ne sorte de chez lui. Il ne suivait plus ses cours à l’Académie, ne faisait plus ses courses. La seule excursion de sa journée se résumait à aller acheter Le National au petit revendeur de journaux du quartier. Il espérait chaque matin que le quotidien annoncerait la capture de « l’Assassin de l’Art » comme le surnommait désormais la presse. Mais si l’on en croyait le journal, l’enquête ne progressait pas. Souvent, lorsque son regard tombait sur la blouse tachée de peinture, roulée en boule dans un coin de son appartement, les toiles de Ziguier lui revenaient à l’esprit. Leur droiture, leur froideur... Ces symboles géométriques, ces lettres rangées par ordre alphabétique, ce souci excessif de l’ordre... Rien que d’y penser, elles le mettaient mal à l’aise. Quelle pouvait bien en être la signification ?

            Un beau matin, quatre jours après l’intrusion de Martin à la galerie, il y eut enfin du nouveau. Comme il en avait pris l’habitude ces derniers jours, le jeune étudiant était allé acheter l’édition du matin du National. Mais en lisant les gros titres, il se figea sur le pas de sa porte, incapable d’aller plus loin. « L’Assassin de l’Art a encore frappé ! » « L’Assassin de l’Art, un nouveau tueur en série ? » Il se mit à feuilleter le journal avec fièvre. D’après le quotidien, la dernière victime s'appellerait Théodore Chassériau, un peintre romantique. Chassériau... Ce nom-là lui disait quelque chose... Oui ! Martin avait déjà aperçu quelques-unes de ses oeuvres à la galerie Beauvallois. Le galeriste avait d’ailleurs hésité à l’inclure à son exposition, c’était il y a quelques mois... Quelques mois... Mais oui ! C’était à la même période que celle de l’exclusion de Ziguier ! Ce dernier, jaloux, s’était vengé et avait tué Chassériau ! « Décidément, ces policiers sont de bien piètres enquêteurs...», se dit Martin, un sourire aux lèvres. Qu’attendaient-ils pour se rendre aux archives de Beauvallois ? La réponse était là-bas !

            Il ouvrit la porte et rentra dans son appartement.  Désormais, la liste des victimes de Ziguier s’allongeait, il y en avait maintenant trois ! D’abord M. Abancourt, collectionneur. Puis M. Beauvallois, galeriste. Enfin Théodore Chassériau, peintre. Tout semblait tourner autour du monde de la peinture… A moins que…

            Abancourt… Beauvallois… Chassériau... A. B. C. Mais c’est l’ordre alphabétique ! Et le prochain ? D ? Martin ne pouvait plus se défiler ! D’autres étaient en danger, lui peut-être !? N’était-il pas trop curieux ? Trop gênant pour le meurtrier ? Il fallait absolument qu’il aille voir la police pour l’informer de ses découvertes ! Martin attrapa la blouse de Ziguier, remit le manteau qu’il venait de quitter et sortit. Direction, le poste de police !

            Dehors, la pluie battante l'empêchait d’avancer. Le temps ne s’arrangeait pas ! Devant lui, les fiacres qui passaient soulevaient des gerbes d’eau qui l’éclaboussaient. S’il avait eu de l’argent, il en aurait pris un lui aussi !

            Au bout d’un quart d’heure, alors qu’il arrivait enfin en vue du siège de la police, un bruit de pas attira son attention. Il se retourna.

            Des yeux noirs et pénétrants le fixaient.

 

            Clément Evrard prit sa tasse de café fumante dans ses mains et s’assit à son bureau. Une pile de dossiers l’attendait. Son statut de stagiaire dans la police le cantonnait aux tâches administratives. Dieu que la paperasse l’ennuyait ! Le commissaire Valentin Franklin, chef de la Criminelle, lui avait demandé de ranger les fiches d’identité des récentes affaires de meurtre par ordre alphabétique. En soupirant, il attrapa le premier document.

            « Voyons voir ça... A, B, C, et le dernier... Tiens, il est mort bien jeune celui-là, presque mon âge ! Brrr ! Et pas loin d’ici en plus ! Décidément ! À quand le E... Et le F ! » murmura-t-il non sans un certain malaise.

 

FICHE D’IDENTITÉ

 Nom : DUPONT        Prénom : Martin        Sexe : Homme            Date de naissance : 22/07/1835

 Profession :    Étudiant à l’académie des Beaux Arts

 Domicile : 14 Rue Bonaparte, 75 006 Paris

 Jour de la mort : 27/12/1856             Heure de la mort : 11h 25min

 Lieu de la mort : 35 Quai des Orfèvres, 75 008 Paris

 Cause de la mort : Hémorragie interne suite à une perforation des poumons par balle.

 MARIN Clémence

MÉGEVAND Valentine

 

Lu 32395 fois Dernière modification le vendredi, 17 octobre 2014 07:35

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

Résultats du Challenge de la Créativité 2016

ce sont 8 projets qui ont été récompensés ce matin au Challenge de la Créativité.
Le grand gagnant, toutes catégories confondues :
The Luckeys - I don't know http://www.challenge-creativite.com/index.php/projets-2015-2016/artistiques2016/153-the-luckeys-i-don-t-know-2
Catégorie artistique : "la vie" de Peiffer Towam http://www.challenge-creativite.com/index.php/projets-2015-2016/artistiques2016/174-projet-dessin-sur-la-vie-peiffer-towam
Catégorie scientifique : TPE les plastiques biodégradables de ABEL Naomie, GOMEZ Enzo et GOURDON Chloé http://www.challenge-creativite.com/index.php/projets-2015-2016/scientifiques2016/162-tpe-les-plastiques-biodegradables
Catégorie numérique : Maison bioclimatique Julie Juanola et Quentin Jourdeuil http://www.challenge-creativite.com/index.php/projets-2015-2016/numeriques2016/151-maison-bioclimatique-2
Catégorie Design : Scientific Exelence Award de Remi Cahuzac et Pablo Mir  http://www.challenge-creativite.com/index.php/projets-2015-2016/design2016/145-scientific-exelence-award
Catégorie Littéraire :
- Mémoires d'amour de Coralie Cadinot
http://www.challenge-creativite.com/index.php/projets-2015-2016/litteraires2016/130-memoires-d-amour
- 2015, J'me souviens d'Estelle Laviers http://www.challenge-creativite.com/index.php/projets-2015-2016/litteraires2016/157-auto-generation-a-partir-du-titre
- J'me souviens de Fanny Sarda : http://www.challenge-creativite.com/index.php/projets-2015-2016/litteraires2016/158-j-m-souviens